Point 4 (suite 11)

Chapitre 15 – La vertu libératrice de l’effort

Plan Résumé
(stance 20)
1) Considération des bienfaits et méfaits,
2) Son essence, 3) sa classification,
4) Les caractéristiques de chaque classe
5) Son développement et 6) sa pureté.
Avec en fin 7) ses fruit ; ces sept points résument
La vertu libératrice de l’effort.

I – Considérations des bienfaits et méfaits

QUICONQUE EST DOTE des qualités de générosité et des autres vertus mais n’est pas capable de faire des efforts est finalement un paresseux. Et le paresseux ne peut pas pratiquer ce qui est vertueux, est incapable de faire le bien d’autrui et l’éveil lui reste inaccessible.
C’est ce qu’exprime Le Sûtra des Questions de Sâgaramati :

Le paresseux est dépourvu des qualités
Allant de la générosité à la compréhension supérieure.
Le paresseux n’accomplit pas le bien d’autrui,
Pour lui, l’éveil est très loin, extrêmement loin.

A l’inverse, celui qui est capable de faire des efforts verra ses vertus se développer sans décliner, comme l’exprime Le Résumé des Nobles :

L’effort permet que nos qualités positives ne déclinent
Et nous fait découvrir l’intelligence immédiate  illimitée :
Le trésor des victorieux.

Les efforts permettent de franchir la montagne des composés périssables, comme l’exprime L’Ornement des Sûtras :

L’effort libère de l’emprise des composés périssables.

De plus, celui capable d’efforts obtiendra rapidement l’insurpassable éveil, comme cela est dit dans L’Ornement des Sûtras :

Celui capable d’effort s’éveillera
Au sublime état de bouddha.

C’est aussi exprimé dans Le Sûtra des Questions de Sâgaramati :

Obtenir l’insurpassable état d’éveil parfaitement accompli,
N’est pas difficile pour ceux qui se montrent énergiques.
Pourquoi cela? Parce que, Sâgaramati,
Là où se trouve l’énergie , l’éveil est là.

Et dans Le Sûtra des Questions de Pûrna :

Pour celui qui agit toujours avec énergie,
L’éveil se manifestera sans difficultés.

II – Essence

L’effort est l’enthousiasme à faire ce qui est bon, comme l’introduit Le Compendium de l’Abhidharma :

Qu’est ce que l’effort ?
C’est l’antidote à la paresse ;
Un réel enthousiasme pour les bienfaits.

Dans Le Commentaire de L’Ornement des Sûtras, il est dit :

Un parfait enthousiasme envers les bienfaits
Définit l’essence même de l’effort

L’effort est ainsi défini comme l’antidote à cette mauvaise tendance qu’est la paresse. On distingue trois types de paresse : l’indolence, le défaitisme et la paresse liée à l’attachement à nos implications dans des buts grossiers.

1. L’indolence

L’indolence est un attachement aux plaisirs de l’inertie mentale, que ce soit dans le sommeil, la nonchalance ou la léthargie. Il nous faut délaisser ces attitudes.

Pourquoi faut-il les abandonner ? Parce que nous n’avons pas de temps à perdre en cette vie, comme c’est expliqué dans un sutra :

Moines, votre conscience s’émousse,
Votre vitalité s’épuise, vos facteurs vitaux vous abandonnent ;
Même les enseignements du guide seront assurément détruits.
Pourquoi ne vous consacrez-vous pas
Avec ardeur à une ascèse assidue?

L’Introduction aux Pratiques de Bodhisattvas dit aussi :

Puisque je vais bientôt mourir,
Je vais consacrer le temps qu’il me reste aux développements .

Certains pourront considérer qu’il sera suffisant d’accomplir les deux développements au moment de la mort. Cependant, à ce moment là, nous n’en aurons plus le loisir !

C’est ce qu’exprime l’Introduction aux Pratiques de Bodhisattvas :

Quand bien même abandonnerais-tu la paresse à ce moment,
Le temps faisant défaut, que pourras-tu faire ?

D’autres pourront penser qu’ils ne mourront pas avant d’avoir accompli les bienfaits. Mais souvenons-nous que cela ne relève pas de notre bon vouloir !

L’Introduction aux Pratiques de Bodhisattvas l’exprime ainsi :

Le maître de la mort est imprévisible ;
Sans attendre que nous ayons agi ou non,
Que nous soyons malade ou en bonne santé,
Il frappe en toutes circonstances.
Ne misons pas sur une espérance de vie précaire !

– Alors, comment abandonner cette paresse de la torpeur-apathie ?
– Il faut l’abandonner comme on rejetterait un serpent venu dans notre giron ou comme on éteindrait un brandon qui aurait chu sur notre tête.

L’Introduction aux Pratiques de Bodhisattvas dit :

Comme on se lèverait prestement
Si un serpent arrivait sur nos genoux,
De même, se détournera-t-on promptement
De la langueur et de l’indolence.

Et dans la Lettre à un ami il est dit :

Même si ta tête ou tes vêtements prenaient feu,
Fais ce qu’il faut pour écarter les existences cycliques
Et efforce- toi de mettre fin au devenir
Car il n’y a rien qui puisse être plus utile.

2. Le défaitisme

Le défaitisme consiste à penser : « Même en faisant des efforts : comment quelqu’un de mauvais comme moi pourrait-il réaliser l’éveil ? »

Ce manque de confiance en soi est inutile et il faut abandonner cette timidité.

Pourquoi ce manque de confiance est-il superflu ?

Alors qu’une mouche, un taon, une abeille
Ou de même n’importe quel insecte,
S’il développe l’énergie,
Peut atteindre l’insurpassable éveil si difficile à obtenir,
Comment quelqu’un comme moi,
Un être humain qui sait reconnaître l’utile du nuisible,
S’il n’abandonne pas la conduite des bodhisattvas,
Ne pourrait-il pas y arriver ?

3. La paresse liée à l’attachement à nos implications dans des buts grossiers

La paresse liée à l’attachement à nos implications dans des buts grossiers consiste à être attaché à des activités telles que soumettre ses ennemis, amasser des biens matériels et toutes les autres activités non vertueuses. Celles-ci sont à abandonner car elles sont la cause véritable des souffrances.

III – Classification

On considère trois types d’effort :

1) l’effort comme vaillance et courage (semblable à une armure de détermination),
2) l’effort de l’application,
3) l’effort insatiable.

Le premier est une intention excellente.

Le second est un passage à l’acte excellent.

Le troisième est l’adjuvant qui permet de mener les deux premiers à leur terme.

IV – Caractéristiques de chaque classe

1. L’effort comme vaillance et courage

« A partir de maintenant et jusqu’à l’éveil, je n’abandonnerais pas les efforts pour le bien des vivants » ; ce type de résolution est l’armure dont il convient de se vêtir.

Ceci est exprimé dans Le Sûtra des bodhisattvas :

Shâriputra,
Il faut se revêtir d’une armure de courage inconcevable
Car, quelques soient les tréfonds du samsâra,
Il ne faut pas relâcher les efforts vers l’éveil.

Et dans Le Sûtra qui expose la mise en place de l’armure de courage :

Pour réunir les vivants,
Le bodhisattva s’armera de courage ;
Et puisque leur nombre est sans limite,
Il s’armera d’un courage sans limites. 

Et aussi dans Le Sûtra des questions du noble Lodren Misepa :

Ne recherche pas l’éveil en comptant les kalpas, pensant :
« Je porterais l’armure de l’effort pendant tant de kalpas,
Mais pendant tant d’autres, je ne le ferai pas. »
Porte l’armure de l’effort inconcevable !

Dans Les degrés de bodhisattvas il est dit :

Il peut me falloir mille kalpas
Pour délivrer une seule personne de la souffrance
Mais, comme dans ce même temps,
D’autres ne feront que rester en un état infernal,
Je me réjouis en me disant :
« Ce temps est vraiment très court
Et  mes difficultés sont vraiment peu de choses. »
Un tel état d’esprit est l’armure de courage d’un bodhisattva.

2. L’effort de l’application

L’effort de l’application se décline en trois domaines :

1) éliminer les émotions perturbatrices,
2) pratiquer la vertu,
3) aider les vivants.

2.1 L’effort pour éliminer les émotions perturbatrices

Les émotions perturbatrices, l’attachement et les autres, ainsi que les activités qu’elles entrainent sont la source des souffrances. C’est pourquoi, il nous faut tout faire pour qu’elles n’apparaissent pas, pendant longtemps et en nous y consacrant pleinement.

Ceci est décrit dans Vivre en bodhisattva :

Au milieu des émotions perturbatrices,
De mille manières sois capable d’efforts ;
Comme le lion face aux renards et comparses,
Ne sois pas perturbé par la meute des émotions perturbatrices.

Si l’on souhaite illustrer l’attention qu’il faut à cela :

Le pratiquant sera aussi attentif
Que celui qui transporterait une marmite pleine d’huile
Craignant à ses cotés quelqu’un
Menaçant de le poignarder s’il en renverse.

2.2 L’effort pour pratiquer la vertu

L’effort pour pratiquer la vertu consiste à s’appliquer diligemment aux six vertus libératrices sans égard même pour son corps ou sa vie.

– Comment faire ainsi ?
– Au moyen des cinq types d’énergie  :

1-l’énergie qui œuvre perpétuellement,
2-l’énergie de l’aspiration,
3-l’énergie immuable et inébranlable,
4-l’énergie irréversible,
5-l’énergie sans orgueil.

1) L’énergie qui œuvre perpétuellement consiste à poursuivre ses œuvres sans interruption.

Elle est présentée dans Les nuages des rares et sublimes :

Une fois initiés les efforts en toutes les conduites de bodhisattva,
Alors qu’aucune défaillance ne peut nous détourner,
Ni dans le corps ni dans l’esprit,
Cette énergie de bodhisattva est celle qui œuvre perpétuellement.

2) L’énergie de l’aspiration consiste à agir promptement avec joie et enthousiasme.

Pour mener à bien tes œuvres,
Plonge résolument en celles-ci,
Comme l’éléphant sous la canicule de midi
Plonge sans hésitation dans le lac.

3) L’énergie inébranlable est l’énergie qui n’est perturbée par aucune hésitation, émotion conflictuelle ou peine.

4) L’énergie irréversible est, suivant le Sûtra de la noble bannière de la victoire adamantine, l’énergie à laquelle ni les maux d’autrui ni les errances ni les conflits ni la vue de la dégénérescence des conceptions ne font faire marche arrière.

5) L’énergie sans orgueil est celle déployée sans se faire une haute opinion sur soi et ses activités.

2.3 L’effort pour aider les vivants

L’effort pour aider les vivants consiste à faire des efforts sur onze actes spécifiques : aider ceux qui n’ont pas d’assistance et les autres.

3. L’effort insatiable

L’effort insatiable consiste à faire des efforts jusqu’à la réalisation de l’éveil, sans se satisfaire de ce que l’on peut déjà avoir fait de vertueux.

Insatiable dans les désirs
Qui sont comme du miel sur le fil d’un rasoir,
Comment pourrais-je me satisfaire de peu de vertus,
Elles dont le fruit est bonheur et paix?

V – Développement

L’effort se développe par l’expérience première, la compréhension supérieure et la dédicace, telle que ce fut présenté pour la vertu libératrice du don.

VI – Pureté

La pureté de l’effort vient de la vacuité omniprésente et de la compassion, tel que ce fut présenté au chapitre sur le don.

VII – Fruits

Les fruits de l’effort sont ultimes et temporaires.

(1) l’ultime résultat de l’effort est la réalisation de l’insurpassable éveil.
Ainsi est-il dit dans Les degrés de bodhisattvas :

Parachever la vertu libératrice de l’effort des bodhisattvas
Est véritablement atteindre le parfait état de Bouddha
En s’éveillant à l’insurpassable et complet éveil.
Le parfait état de Bouddha auquel on s’éveillera
Sera alors le véritable parfait éveil.

(2) Les résultats temporaires de l’énergie sont, alors que l’on est encore dans l’existence cyclique, d’obtenir des existences ultérieures avec de sublimes bonheurs.

Ce qui est exprimé dans L’ornement des Sûtras :

Les efforts permettent d’obtenir,
Ce que l’on désire dans l’existence cyclique.

Ainsi s’achève la section consacrée à la vertu libératrice de l’effort
quinzième Chapitre du Joyau Magique,
L’Ornement de la Précieuse Libération.

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