Les quatre nobles vérités du Bouddha

Tenzin Gyaltso, XIVème Dalaï-Lama

Les Quatre Nobles Vérités sont le fondement des enseignements du Bouddha et la base commune aux différentes colorations du Dharma. Elles permettent de découvrir une voie qui mène à la cessation de la souffrance.

Dans un exemple devenu classique, le protecteur Maitreya compare la Vérité de la souffrance à la maladie qui est un état douloureux. Les causes de la maladie correspondent à la Vérité de son origine. Le but du malade étant de guérir, la guérison devient alors la Vérité de la cessation de la souffrance. Enfin, pour recouvrer la santé, il faut suivre le traitement adéquat ; ce dernier est analogue à la Vérité de la voie qui conduit à l’annihilation de la souffrance.

1ère Noble Vérité : la Vérité de la souffrance

Le Bouddha enseigna tout d’abord comment reconnaître la Vérité de la souffrance car si nous n’identifions pas la maladie ou la souffrance comme telle, nous n’éprouverons jamais le besoin de nous en libérer. Par exemple, celui qui a une maladie grave et qui se croit bien portant ne cherchera pas à suivre un traitement. Il est donc nécessaire d’admettre que nous souffrons.

Constater la réalité de la souffrance nous amène à souhaiter nous en libérer. Ensuite, afin de guérir, nous cherchons sa cause. Pour nous inviter à suivre ce processus de guérison, le Bouddha commença par enseigner la Vérité de la souffrance.

Tout ce qui est élevé finira par tomber,
tout ce qui a été accumulé finira par s’épuiser,
tout ce qui a été assemblé finira par être dispersé
et tout ce qui est né finira par mourir,
telle est la souffrance du changement.

2e Noble Vérité : la Vérité de l’origine de la souffrance

La saisie de l’esprit, qui considère le monde des phénomènes comme une réalité autonome existant en elle-même, constitue la source de la souffrance. L’ignorance de la nature fondamentale des choses donne lieu peu à peu aux diverses manifestations des causes interdépendantes qui aboutissent à la naissance dans les états de conscience habituels, puis à la vieillesse et enfin à la mort. Ce processus est appelé la Vérité de l’origine de la souffrance.

3e Noble Vérité : la Vérité de la cessation de la souffrance

Le désir de renoncer à la souffrance commence à germer en notre esprit lorsque nous constatons non seulement que nous sommes, tel un esclave, soumis au pouvoir des obscurcissements du mental mais que cet état n’est qu’un tissu d’insatisfactions.

Dans le traité racine de la sagesse de Nâgârjuna, le Mûlamadhyamakakârica, le processus de cessation est décrit de la façon suivante : pour atteindre la cessation, il faut que le karma s’éteigne ; pour qu’il en soit ainsi, les klesha, les facteurs obscurcissants de l’esprit, doivent disparaître ainsi que les pensées discursives qui constituent leur cause. La saisie et l’attachement à la réalité des phénomènes, à l’origine de telles pensées, doivent s’effacer pour qu’elles se dissipent. Et seule l’intelligence de leur vacuité peut le permettre. En effet la vacuité est le moyen suprême pour que cesse l’attachement à ce que l’on croit être la réalité des choses. Par le biais de l’analyse et de la méditation, l’esprit, qui parvient à reconnaître sa nature ultime comme étant vacuité, est capable d’éliminer cet attachement et de retrouver ainsi son état naturel. Si l’esprit engendre le samsâra, il s’en libère en reconnaissant justement l’intelligence de sa propre vacuité.

4e Noble Vérité : la Vérité du chemin

La Vérité du Chemin consiste à éliminer peu à peu tous les voiles de l’esprit à l’aide de moyens adéquats, pour qu’en définitive sa vraie nature se révèle. La Vérité du Chemin ou de la Voie exprime comment atteindre ce but.

Les moyens de cette réalisation se nomment les trois entraînements : de la discipline, de la méditation et de la sagesse. Le maître Aryadeva a décrit cette progression de la façon suivante : la discipline consiste à éviter ou à discipliner toutes les formes d’actions négatives. La méditation permet de remédier à l’attachement, à la notion de soi ou d’identité. Enfin, l’entraînement de la sagesse dissipe toutes les vues erronées.

Il nous faut tout d’abord écarter les tendances négatives qui nous maintiennent sous l’influence des émotions perturbatrices. Dans un deuxième temps, il s’agit de repousser les poisons intérieurs, les facteurs obscurcissants et, finalement, quand ceux-ci sont contrecarrés, d’éliminer les tendances accumulées par les émotions du passé.

Renaissance : la continuité d’une mort à une naissance

« Selon le véhicule des mantras, la conscience peut être grossière, subtile ou extrêmement subtile. Le niveau grossier et le niveau subtil émergent de l’union de causes et de circonstances. Prenons le cas de la conscience visuelle qui concerne le plan grossier. Lorsque je vois un bouquet de fleurs, la conscience visuelle est consciente du bouquet. Par contre elle suspend son activité dès que le bouquet n’est plus l’objet de mon champ visuel. Pareillement les différentes consciences des organes des sens cessent dès que leurs objets ne sont plus perçus.

La conscience subtile est celle des émotions et des facteurs mentaux obscurcissants. Elle naît, non pas en rapport avec les objets extérieurs, mais en relation avec les différentes causes et conditions qui intérieurement font apparaître l’émotion. Cette conscience subtile d’une émotion se dissipe également lorsque les circonstances qui ont amené sa naissance disparaissent.

Dans le Tantra de Guhyasamaja, la conscience la plus subtile est dotée de quatre aspects, eux-mêmes reliés à quatre niveaux de vacuité : « vide », « très vide », « grand vide » et « vide total », ou vacuité universelle. Cette dernière est le continuum primordial de l’esprit, sa nature ultime, immuable et lumineuse. N’étant pas dépendant de causes et de circonstances, ce continuum n’apparaît ni ne disparaît avec l’émergence et la dissipation de celles-ci. Toutes les formes de conscience, grossières ou subtiles, naissent de ce continuum de luminosité primordiale et se dissolvent en lui. Au moment de la mort, il se manifeste. Alors que les différentes consciences sensorielles (visuelle, auditive, etc.) ainsi que la conscience du mental et de l’intellect se résorbent pour finalement disparaître graduellement, lui seul subsiste et se maintient. Lorsque nous évoquons une persistance des états d’existence, nous désignons ce continuum lumineux de conscience primordiale qui porte en germe le potentiel de renouvellement. C’est sur cette base que nous parlons de successions d’états d’existence passés et futurs ; c’est à partir de ce fondement que nous devons envisager la renaissance. »

L’état de Bouddha : le continuum lumineux de conscience primordiale

« L’état de Bouddha est réalisé quand tous les aspects grossiers et subtils de la conscience se sont entièrement dissous dans l’espace absolu du continuum lumineux de conscience primordiale. Alors ils n’apparaissent plus mais demeurent simplement en son état. »

Les étapes de la voie

« La première étape de la Voie consiste simplement à entendre les enseignements. L’audition attentive permet d’acquérir un sujet de réflexion très clair. Ce processus est appelé la sagesse de l’écoute. La deuxième étape est celle de la réflexion. En effet il ne s’agit pas d’accepter naïvement ce qu’on a entendu. Il convient d’y réfléchir profondément, de l’analyser en exerçant toute notre intelligence afin de découvrir par nous-mêmes ce qui est vrai. Le fruit de cette activité est le résultat de nos propres investigations. Ensuite la compréhension obtenue devient l’objet de la méditation ou de la contemplation afin que naisse une expérience intérieure, personnelle, authentique et directe de la vérité. Cette troisième étape est appelée la sagesse de la contemplation ou de la méditation. »

 

<<Retour à la revue