L’attention éthique

En rendant le bouddhisme plus proche du monde contemporain, il ne s’agit en aucun cas d’oublier l’essentiel, comme par exemple les principes de l’éthique. Il faut simplement leur redonner un sens dans les sociétés où nous vivons. Dans les sociétés agraires où le bouddhisme s’est développé, les choses étaient plus simples… On pouvait dire : «je ne tue pas, je ne vole pas, je ne commets pas l’adultère, je ne mens pas. Je suis quelqu’un de bien» mais avec la complexification grandissante de nos sociétés, ça ne marche plus comme ça ! ( .. ) S’abstenir de tuer tout être vivant n’est plus aussi simple. Nous devons nous interroger : Pouvons-nous admettre que nos impôts servent à l’armement ? Devons-nous élever des animaux pour les tuer ? Concernant le deuxième précepte, ne pas voler, il faut aussi s’interroger.- même si nous ne dérobons rien directement, pouvons-nous accepter de voir les pays riches exploiter les pays pauvres via le système bancaire international et l’ordre économique mondial ? En fait, participer à tout le système de consommation, c’est déjà risquer à chaque instant de violer les trois premiers préceptes ! Quant au quatrième, s’abstenir de paroles mensongères ou incorrectes, c’est particulièrement difficile dans un monde fondé sur la communication publicitaire et la propagande politique…

En fait la souffrance, qui, certes, pouvait être souvent effrayante au temps du Bouddha, était pourtant plus simple à comprendre. L’interdépendance entre les phénomènes est devenue une chose très complexe… Si nous n’adaptons pas la sagesse bouddhiste à la compréhension de la réalité sociale et à la recherche d’une réponse aux questions qu’elle pose, alors le bouddhisme risque de n’être qu’une sorte d’échappatoire aux problèmes de ce monde, à l’usage des classes moyennes.

Extrait d’une interview de Sulak Sivaraksa parue dans le magazine américain Tuming Wheel (1994, traduction française J.-P. Ribes)

 

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