Le mode fondamental

Saraha

Ce texte est extrait du Trésor des Dohas (do ha mdzod), un recueil de chants de réalisation de mahassiddhas indiens traduit du sanskrit en tibétain.

Ces chants expriment la quintessence des enseignements de Mahamudra. L’extrait présenté ici est la première partie du chant de Saraha.

Exposé du mode fondamental de Mahamudra : explication de comment il demeure
Animé, inanimé, stable ou immuable, tout,
substantiel ou insubstantiel, apparence ou vacuité,
est à jamais de la nature de l’espace et à aucun instant ne s’en départit.
Bien que “espace” nomme parfaitement l’espace,
l’espace comme tel n’existe pas.
Existant, non existant, la négation des deux ou tout autre, au-delà du domaine des signifiants,
L’espace, l’esprit et la réalité ne sont en rien distincts.
Les différents noms ne sont que désignations adventices sans réalité et, finalement, rien que mots trompeurs.

Celui qui réalise que l’esprit n’a jamais été découvre l’ultime intelligence des vainqueurs des trois temps :
Matrice des phénomènes, il n’est aucun dharma séparé d’elle ;
D’origine innée, inexprimable et indicible ainsité,
Il n’est personne pour la comprendre.

S’il était un possesseur, celui-ci pourrait avoir des biens, mais de toute origine, il n’en est point.
Dès lors qu’en est-il de toute possession ?
S’il était un esprit, tous les phénomènes pourraient être, mais en l’absence d’esprit, qui pourrait expérimenter fût-ce un seul phénomène ?

Chercher l’esprit et les phénomènes apparents
Ils demeurent introuvables, et celui-même qui cherche n’est nulle part !
Cette absence est non-née, ne cesse en aucun des trois temps et n’advient pas en dehors de ceux-ci.
Tel est le mode naturel de la grande félicité.

C’est pourquoi toute apparence est dharmakaya
et tous les êtres sont bouddha même.
C’est pourquoi tous les samskaras sont à jamais dharmadathu et tous les phénomènes imputés semblables aux cornes du lièvre.

L’exposition de l’illusion des êtres ne réalisant pas l’ainsité.

Kyé Ma !
Bien que la lumière du soleil en l’absence de nuage soit omniprésente, ceux qui n’ont pas d’yeux pour la voir demeurent dans l’obscurité.
Bien que l’inné soit omnipénétrant, les ignorants en sont très loin.

Les êtres ne réalisant pas l’absence d’esprit
enferment sa nature dans l’esprit conceptuel.
Pareils au fou sous l’influence d’un démon,
Impuissants, insensés, ils créent leur propre mal-être.
Pris par le grand démon des conceptions réifiantes, ils ne s’infligent que souffrances insensées.
Certains soumettent les démons par l’analyse intellectuelle, certains laissent la maison sans maître et s’en vont chercher ailleurs ; d’autres voient une réalité en de pures images formelles ; ou délaissent la racine et coupent les feuilles ;
Et tous, bien qu’ils fassent ainsi, ne perçoivent pas qu’ils s’illusionnent.

Comment les ermites réalisent Mahâmudra

Kyé Ho !
Alors que les êtres immatures ne comprennent pas l’ainsité, je ne quitte pas son domaine et l’ai réalisée.

J’ai connu l’origine et la fin du moi.
Je l’ai vu et il est “un”.
Et regardant cette unité, je n’ai rien vu qui soit un.

Indicible est la dualité libérée de
l’observateur et de l’observé.
Mais qui comprend l’inexprimable ?

Lorsqu’on expérimente le mental en son état naturel, c’est alors la réalisation de l’ermite que je suis.

Le lait de la lionne ne saurait être versé dans un réceptacle vulgaire.
De même, dans la forêt, lorsque le lion rugit, les biches fragiles sont effrayées alors que les jeunes lionceaux se réjouissent et accourent.

Ainsi cet enseignement sur la grande félicité à jamais libre de naissance effraye les êtres confus aux vues erronées, alors que les fortunés se réjouissent et frissonnent.

Traduction Comité Lotsawa

 

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