S.E Bokar Rinpoché

1er Entretien

La première partie de ces entretiens avec le vénérable Bokar Rinpoché fut conduite pour le Vajradhatu Sun par Peter Volz, le 26 juin 1989 au monastère de Samdroup Dargyé-Ling. Sarah Harding traduisait en anglais. Sarah Harding et Peter Volz sont responsables sont responsables de l’édition de cette interview et nous les remercions de l’avoir offerte à Dharma qui en a assuré la traduction française.

– Sun : Rinpoché, pourriez-vous, s’il vous plait, donner quelques informations sur les antécédents de votre lignée ?

Vénérable Bokar Rinpoché : « Bokar » est en fait le nom d’un lieu, contraction de Bowa, le lieu, et Kangkar, le nom du monastère qui s’y trouve. Bowa est situé dans la lointaine région orientale du Kham, près de la frontière chinoise. L’abbé principal fut Kongkar Rinpoché, un lama réputé qui fut tuteur du Quinzième Karmapa.

La précédente incarnation de Bokar fut un lama de ce monastère nommé Karma Shérab, qui était disciple de Kongkar Rinpoché et du Quinzième Karmapa, Khakyab Dordjé. Ce lama se rendit dans le Tibet central et y reçut, à Tsourpou, des enseignements du Quinzième Karmapa. Après quoi il se rendit dans une région du Tibet occidental, près du Mont Everest, et accomplit des retraites solitaires durant de nombreuses années. Il accomplit mille nyoung-nai, pratique purificatrice. Lama Karma Shérab établit le monastère de Bokar à cet endroit, proche du Mont Everest.

Je naquis en 1940, quelque part à six ou sept jours de cheval du monastère de Bokar. Je fus reconnu comme une incarnation de Karma Sherab par le Seizième Karmapa et intronisé par lui au monastère de Bokar à l’âge de quatre ans. A l’âge de neuf ans, Sa Sainteté envoya un précepteur, ou tuteur, m’instruire pendant deux ans. Sa Sainteté m’enjoignit d’aller à Tsourpou. A onze ans, je m’y rendis et étudiai jusqu’à l’âge de quatorze ans.

Sa Sainteté me renvoya alors à mon monastère, et me dit de retourner à Tsourpou quand j’eus vingt ans, pour accomplir la retraite de trois ans. J’y retournai donc à l’âge de vingt ans, avec l’intention et le ferme désir de commencer la retraite. Cependant, du fait des troubles de cette époque avec les Chinois, Sa Sainteté Karmapa et Sa Sainteté le Dalaï-Lama furent obligés de partir. Sa Sainteté Karmapa me conseilla de partir et d’accomplir la retraite ultérieurement. Mon cœur en fut brisé, tant j’espérais faire la retraite à ce moment-là.

Peu après cela, je passai du Tibet au Népal, avec le ferme désir de voir Sa Sainteté Karmapa à Rumtek. Mais Sa Sainteté était alors à Delhi, aussi m’y rendis-je pour le voir. Il m’enjoignit d’aller à Darjeeling, pour être avec Kalou Rinpoché. Ainsi j’y allai, et rencontrai Kalou Rinpoché pour la première fois, en 1961 à Darjeeling. Kalou Rinpoché et Sa Sainteté, furent ainsi mes principaux maîtres.

– Pouvez-vous dire quelque chose de votre amitié avec Kalou Rinpoché ?

Plusieurs moines du monastère de Bokar partirent à Tsourpou quand j’avais dix-sept ans. Ils rencontrèrent Kalou Rinpoché, qui, à ce moment-là, enseignait là-bas. Kalou Rinpoché était le maître de retraite du monastère de Pèlpoung, et enseignait lors de cette visite à Tsourpou.

Les moines me rapportèrent des anecdotes au sujet de ce maître de retraite renommé, et entendant son nom, une grande confiance s’éleva en moi. Pourtant, je ne pus le rencontrer avant 1961 à Darjeeling. A partir de ce moment là, je ne fus jamais séparé de lui.

– Pourquoi êtes-vous choisi comme régent de Kalou Rinpoché ?

Etant très proche de Rinpoché pendant si longtemps, j’eus la grande fortune de recevoir toutes les initiations, transmissions, enseignements et influence spirituelle de lui, je sois l’un des successeurs.

Les quatre régents Kagyu et tous les lamas et disciples de Kalou Rinpoché sont les successeurs. Mais, en vérité, tous ceux qui accomplissent ses souhaits, vivant à l’exemple de sa vie et perpétuant ses activités compatissantes, sont eux-mêmes les véritables régents de Khyabdjé Kalou Rinpoché.

– Quels sont vos projets présentement ?

Suivant les instructions de Sa Sainteté Karmapa et de Kalou Rinpoché, j’insisterai sur l’importance de la pratique de la tradition kagyu du cycle de Kalachakra. Pour ce faire, j’ai établi un petit monastère à Mirik (près de Sonada), qui comprend un centre de retraite pour cette seule pratique. Je voudrais aussi encourager l’authentique et profonde pratique des six yogas de Naropa et des six yogas de Nigouma.

Mon espoir essentiel pour le futur est que ces pratiques, qui sont seulement préservées pour l’instant, fleuriront et que leur pratique complète pourra être établie plus stablement. En général, je voudrais insister sur la pratique, particulièrement la pratique en retraite. (Bokar Rinpoché est le maître de retraite de Rumtek et de Sonada.)

– Avez-vous des projets pour les centres occidentaux et asiatiques de Kalou Rinpoché ?

Rinpoché

Ce que Kalou Rinpoché a déjà mis en place continuera selon ses souhaits. Je ferai tout mon possible pour aider ces centres.

– Rinpoché, vous avez parlé, il y a quelques jours, de Kalou Rinpoché et du Vidyadhara le vénérable Trungpa Rinpoché comme étant les mains droite et gauche du bouddhisme tibétain en Occident. Pourriez-vous s’il vous plait, développer un peu cela ?

Chögyam Trungpa Rinpoché acquit plus particulièrement une compréhension des manières et des coutumes occidentales. Il participa avec habileté à l’implantation du bouddhisme tibétain en Occident. Puisqu’il pouvait communiquer avec eux tant dans leur propre langue que dans leur propre style, de nombreux Occidentaux furent attirés vers les enseignements.

Les moyens adroits de Kalou Rinpoché procédaient de la force de sa compassion et de ses prières de souhaits. Il donna librement initiations et enseignements, L’activité éveillée de Kalou Rinpoché était vraiment spontanée.

Ces deux styles d’activité de Bouddha, celle de Trungpa Rinpoché plus réfléchie et celle de Kalou Rinpoché plus spontanée, se développèrent séparément pendant un certain temps. La merveille de leur activité éveillée est que chaque style correspond à différents tempéraments. Peut-être au début n’y avait-il que peu de compréhension réciproque, mais, avec le temps, les étudiants purent observer mutuellement en eux de réels bienfaits, manifestations du fruit du chemin enseigné par leurs maîtres.

Ces deux styles habiles en vinrent ensemble à participer à créer une grande diffusion du bouddha-dharma en occident. C’est merveilleux et incroyable. C’est pourquoi je dis qu’ils sont les mains droite et gauche du Karmapa.

 

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