Point 1 – La cause fondamentale de l’éveil, la nature de bouddha

CHAPITRE 1 – LA NATURE DE BOUDDHA, CAUSE FONDAMENTALE DE L’ÉVEIL

EXPLIQUONS LE premier point :

La cause de l’éveil est la nature de bouddha (sugatagarbha).

Il nous faut nous libérer du samsâra dont la nature est illusion et réaliser l’insurpassable éveil. Cependant, nous pouvons nous demander si cet objectif peut être atteint par des personnes ordinaires telles que nous, même en déployant les efforts adéquats.
Puisque sa cause fondamentale, la nature de bouddha, est présente en nous comme en tout vivant, pourquoi ne pourrions-nous pas atteindre l’éveil si nous faisons ces efforts ?

C’est ce qu’expose Le Sûtra du Samâdhi Royal1Ce Sûtra a une résonnance particulière par rapport à Gampopa. Du vivant du Bouddha, Gampopa fut Candraprabhakumara. C’est en réponse à une de ces questions que le Bouddha enseigna ce sûtra et c’est aussi à ce moment qu’il fit la prophétie de la venue de Gampopa qui gardera vivants ces enseignements. :

Tout comme le beurre est présent dans le lait,
La nature de bouddha est présente en tout vivant,

Et L’Ornement des Sûtras :

L’ainsité est, sans distinction,
Pure en tous les vivants ;
Elle est la nature de Bouddha
Qui est ainsi l’essence de tout vivant.

– Pour quelles raisons les vivants sont-ils dotés de la nature de bouddha ?
– Trois raisons établissent cette affirmation :

1. Le corps absolu, la vacuité est présent en tout vivant ;
2. La nature des phénomènes, l’ainsité2« Ainsité » est la traduction du terme tibétain de bzhin nyid, qui peut se traduire par « ce qui est telle que c’est ». C’est un terme central synonyme de l’essence des phénomènes, chos nyid., est sans distinction ;
3. Tous les vivants ont une potentialité d’éveil.

Ceci est énoncé dans L’Insurpassable Continuité :

Le corps de parfait bouddha est omniprésent,
L’ainsité est sans distinction,
Et la potentialité est présente [en chacun];
Ainsi tout vivant a toujours la nature de bouddha.

« Le corps absolu, la vacuité, est présent en tout vivant » se réfère au fait que « bouddha » est au niveau ultime dharmakâya, que le dharmakâya est vacuité et que cette vacuité est présente en tout vivant. Ainsi tout vivant est doté de la nature de bouddha.

« La nature des phénomènes, l’ainsité, est sans distinction » signifie qu’il n’y a pas de différence de qualité, de grandeur ou de niveau entre l’ainsité du bouddha et celle des vivants habituels. Cette raison aussi montre que tous les vivants sont dotés de la nature de bouddha.

« Tous les vivants ont une potentialité d’éveil » signifie que tous les vivants se situent dans l’une ou l’autre des cinq types de potentialités d’éveil.

– Quelles sont-elles

I – La potentialité « coupée de la potentialité »

Le grand maître Asanga décrit ceux coupés de la potentialité suivant six caractéristiques (l’absence de honte, de scrupules, de compassion…) :

Bien qu’ils voient les défauts du samsâra,
Ils n’en sont nullement attristés,
Bien qu’ils entendent parler des qualités des bouddhas,
Ils n’éprouvent pas la moindre confiance.
Ils sont sans scrupules ni honte
Et n’ont pas la moindre compassion
De plus ils n’ont pas le moindre regret
Pour les méfaits qu’ils s’évertuent à commettre.
Ces six lacunes réunies, ils n’ont aucune opportunité de s’éveiller.

Et dans L’Ornement des Sûtras, il est dit aussi :

Certains ne font assurément que du mal,
D’autres détruisent les qualités positives,
D’autres encore restent étrangers aux vertus libératrices.
Ce manque d’éléments positifs les tient à l’écart
De leur potentialité d’éveil.

Ceux qui ont ces caractéristiques générales sont dits être « coupés » de leur potentialité d’éveil et tourneront dans le samsâra fort longtemps. Néanmoins cela ne signifie pas qu’ils n’atteindront jamais l’éveil car s’ils s’y efforcent, ils y parviendront aussi.

C’est ce qu’affirme Le Sûtra du Blanc Lotus de Compassion :

Ananda,
Si une personne sans disposition pour le nirvâna,
Se tourne vers le bouddha
En lançant au ciel ne serait-ce qu’une fleur,
J’affirme  que le fruit, le nirvâna, lui devient accessible,
Et qu’il finira par l’atteindre

II – La potentialité indéterminée

Ceux à la potentialité indéterminée sont tributaires des circonstances rencontrées.

S’ils s’en remettent à un ami spirituel auditeur, s’ils s’associent à des compagnons auditeurs ou s’ils étudient les sûtras correspondants, ils auront confiance en cette voie, acquérons l’aptitude d’auditeur puis deviendront de véritables auditeurs.

De la même façon, s’ils rencontrent les conditions des bouddha-par-soi ou du mahâyâna, ils entreront dans les voies des bouddha-par-soi ou du mahâyâna.

III – La potentialité d’auditeur

Ceux à la potentialité d’auditeurs appréhendent le samsâra, ont confiance en le nirvâna mais ont peu de compassion :

Ils voient les souffrances du samsâra et les redoutent,
Ils ont une confiance véritable en le nirvâna,
Mais n’aiment pas se consacrer au bien des vivants.
Ce sont les trois caractéristiques
De ceux à la  potentialité d’auditeur.

IV – La potentialité de bouddha-par-soi

Ceux aux trois caractéristiques précédentes qui, de plus, sont très imbus d’eux-mêmes, entretiennent le secret sur leur maître spirituel et se complaisent dans la solitude sont dotés de l’aptitude de bouddha-par-soi :

Le samsâra les attriste [et la perspective] du nirvâna les réjouit,
Ils ont peu de compassion et beaucoup d’orgueil,
Ils taisent leur maître et se complaisent dans l’isolement,
En eux le sage voit la potentialité de bouddha-par-soi.

Sur la base de ces deux potentialités, les auditeurs et bouddha-par-soi peuvent s’engager dans leurs voies respectives et en réaliser le fruit ; cependant celui-ci n’est pas le véritable nirvâna.

– Quel est alors cet état en lequel ils demeurent ?

– C’est l’expérience d’un corps de nature mentale produit par un karma non souillé sur la base de propensions marquées par l’ignorance : ils demeurent en un état d’absorption non souillé qu’ils conçoivent comme étant le nirvâna.

– Mais, si ce n’est pas le véritable nirvâna, est-il juste que le Bienheureux ait enseigné ces deux voies ?

– Oui, c’est juste. Prenons l’exemple de marchands partis à la recherche d’un précieux joyau sur les océans au-delà du monde connu. En chemin, épuisés dans un lieu désertique, certains pensent qu’ils ne trouveront pas le joyau et s’apprêtent à faire demi-tour, mais leur guide produit miraculeusement une grande cité afin qu’ils puissent s’y reposer.

De la même façon, il peut arriver que des êtres timorés prennent peur en entendant parler de l’expérience immédiate d’un bouddha, perçoivent sa réalisation très pénible et se considèrent incapables de s’y engager ou souhaitent faire demi-tour ; c’est pour eux que le bouddha expose ces deux voies, leur ménageant ainsi une pause dans les états d’auditeur ou de bouddha-par-soi.

Comme il est dit dans Le Blanc Lotus de l’Enseignement Authentique :

Ainsi tous les auditeurs pensent avoir obtenu le nirvâna.
Mais le victorieux leur proclame :
« Là n’est pas le nirvâna, ce n’est qu’un répit. »

Lorsque le Tathâgata voit que ces êtres se sont reposés dans les états d’auditeurs ou de bouddha-par-soi, il les exhorte à réaliser l’état de bouddha.

– Comment fait-il ?

– Il les exhorte par le corps, la parole et l’esprit. Son esprit diffuse une lumière qui, par le simple contact avec leur corps mental, les éveille de leur absorption non souillée. Puis il leur révèle l’apparence de son corps et les exhorte en ces termes : « Moines, si vous vous limitez à cela, vous ne faites pas ce qui doit être fait et vous n’avez pas accompli ce qui devait être accompli. Votre nirvâna n’est pas le véritable nirvâna. Bhikshu, venez au Tathâgata ! Voyez-le ! Réalisez-le ! »

Ceci est exprimé dans Le Blanc Lotus de l’Enseignement Authentique :

Bhikshu, c’est pourquoi je vous le dis aujourd’hui :
Cela n’est pas le nirvâna.
Développez une énergie immense pour réaliser
L’expérience immédiate de l’Omniscient
Et vous la réaliserez.

Ainsi exhortés, les auditeurs et les bouddha-par-soi développent l’esprit d’éveil (bodhicitta), se conforment à la conduite des bodhisattvas pendant d’innombrables kalpa, et atteignent l’état de bouddha. Telle est l’explication qu’en donne Le Sûtra de la Venue à Lankâ.

Le Blanc Lotus de l’Enseignement Authentique dit :

Les auditeurs n’ont pas atteint le nirvâna.
Mais ceux d’entre eux qui s’engageront pleinement
Dans la conduite des Bodhisattva
Deviendront tous des Bouddhas.

V – La potentialité du mahâyâna

Qu’est-ce que la potentialité du mahâyâna ?

1. Classification

Cette potentialité se scinde en deux : la potentialité naturellement présente et la potentialité acquise en pratiquant parfaitement.

2. Son essence

L’essence de la potentialité naturellement présente est la capacité à développer les qualités de bouddha présentes en soi depuis des temps sans commencement et qui vient de la réalité en soi.

Celle de la potentialité acquise en pratiquant parfaitement est la capacité à développer les qualités de bouddha venant de la pratique antérieure des vertus.

La présence de ces deux aspects est la capacité d’éveil.

3. Ses synonymes

La « potentialité » peut aussi se dire « graine », « état » ou « nature ».

4. Les raisons de sa supériorité

Les potentialités d’auditeurs et de bouddha-par-soi sont « inférieures » car leur perfection est atteinte par la seule purification du voile des passions. La potentialité du mahâyâna est « sublime » car sa perfection est atteinte par la purification des deux voiles. Ainsi est-elle suprême et insurpassable.

5. Ses deux modes

La potentialité du mahâyâna peut être éveillée ou non éveillée.
La potentialité est éveillée lorsque « son fruit est parfaitement réalisé », ce qui signifie que ses signes sont évidents.La potentialité est non éveillée lorsque « son fruit n’est pas réalisé », ce qui signifie que ses signes ne sont pas évidents.

– Quels sont les facteurs susceptibles d’éveiller cette potentialité ?

– Elle s’éveille sous l’action de facteurs favorables et en l’absence de circonstances adverses ; dans l’éventualité contraire, elle reste virtuelle.

Quatre facteurs sont défavorables à son éveil : la naissance en un état sans libertés , l’absence de bonnes dispositions pour entrer dans la pratique, d’être entré dans des visions erronées et les défauts de mauvais voiles.

Deux facteurs lui sont favorables (l’un est extérieur et dépend d’autrui et l’autre est intérieur) : la promulgation d’un enseignement authentique et une disposition d’esprit adéquate, d’aspiration aux enseignements de vertus.

6. Ses signes caractéristiques

Ses signes caractéristiques sont ceux propres à la potentialité des bodhisattvas.

C’est exprimé dans Le Sûtra du Dixième Dharma :

 C’est à la fumée que l’on reconnaît le feu, Aux canards que l’on connaît l’eau… De même c’est à ses caractéristiques Que l’on reconnaît la potentialité d’un sage bodhisattva.

– Quelles sont ces caractéristiques ?

– Une douceur naturelle du corps et de la parole, sans recours à des remèdes, un esprit peu enclin à la fourberie et une attitude d’amour sincère pour tous les vivants.

Toujours dans Le Sûtra du Dixième Dharma, il est dit :

 Celui qui n’est ni brutal ni violent, Qui est sans fourberie ni hypocrisie Et plein d’amour pour tous les vivants, Est un bodhisattva.

D’autre part, en tous ses actes un bodhisattva agit par compassion pour les vivants, aspire aux qualités du mahâyâna, endure avec patience les difficultés et met en œuvre les paramitas3Les vertus du bodhisattva : le don, l’éthique, la patience, l’énergie, la stabilité mentale et la compréhension profonde ; elles sont largement développées dans la suite de l’ouvrage..

Comme il est dit dans L’Ornement des Sûtras :

 L’action motivée par la compassion, L’aspiration, la patience et une conduite pure, Sont les signes caractéristiques de l’aptitude au mahâyâna.

Ainsi, parmi ces cinq potentialités, celle propre au mahâyâna est une cause « proche » de l’éveil ; celles des auditeurs et des bouddha-par-soi sont des causes « éloignées », elles permettent de s’éveiller au terme d’un long cheminement3 ; la potentialité incertaine peut être « proche ou lointaine » ; la potentialité « coupée » elle-même est une cause « très lointaine », ce qui ne signifie pas que ceux qui l’ont ne s’éveilleront jamais mais simplement que cette réalisation est très lointaine.

Tous les êtres ont l’une de ces potentialités et tous ont donc la nature de bouddha.

Les trois raisons (cf. le début du Chapitre 1 / voir ci-dessous le rappel) mettent en évidence la présence de la nature de bouddha en tous les vivants.

*RAPPEL : LES TROIS RAISONS*

1) Le corps absolu, la vacuité est présent en tout vivant ;

2) La nature des phénomènes, l’ainsité, est sans distinction ;

3) Tous les vivants ont une potentialité d’éveil.

– Quels exemples pourraient l’illustrer ?

– La présence de l’argent dans son minerai, de l’huile dans la graine de sésame ou du beurre dans le lait. En effet, de la même façon que le minerai d’argent peut produire de l’argent, le sésame de l’huile et le lait du beurre, tous les vivants peuvent réaliser l’état de Bouddha.

 

Ainsi s’achève la section consacrée à la potentialité d’éveil,
Premier Chapitre du Joyau Magique du Dharma
Ornement de la Précieuse Libération.

 

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